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Visions de la mort à travers le temps

Transposition pour le Web du travail de Nathalie Borzée (voir aussi sur ce sujet un extrait de B.Clavel)

Introduction

La mort est un phénomène bien complexe qui ne sera probablement jamais totalement élucidé mais pour en faciliter la compréhension, voici un relevé des différentes visions de la mort de l'Antiquité jusqu'à nos jours. Puisse ce travail vous interpeller et qui sait peut-être vous remettre en question...

1. L'Antiquité ou la dédramatisation philosophique de la mort

A cette époque, la mort n'est pas ignorée par les philosophes: ils la définissent comme une négation totale de l'être. Elle est vue comme une sanction, la plus grave de toutes et c'est pourquoi la mort va être niée. La mort n'est dès lors rien; l'âme humaine étant constituée d'une rencontre fortuite d'atomes, celle-ci ne peut prétendre être immortelle et la crainte de la mort est injustifiée. Ainsi, en ne mettant pas de durée illimitée aux choses, aux êtres, nous apprécions d'autant mieux les "petits bonheurs" qu'ils sont éphémères.
Pour ce qui est de la crainte de l'au-delà, celle-ci est vaine étant donné que tout cesse avec la mort, qui est elle-même une naissance à l'éternité. Cette naissance est due au fait qu'en mourant, le corps se détruit totalement et seul perdurent éternellement ses éléments constitutifs.

2. Le Moyen-âge ou la peur de la mort

La mortalité du XIVe siècle s'aggrave (peste, guerre, famine, cataclysmes) et soulève le poids des fléaux et des peurs, celle de la vie brève surtout (espérance de vie se limite autour de 30 ans). L'idée de la mort obsède tous les esprits par l'excès des maux et des désordres;  elle se traduit par une horreur physique de l'anéantissement de la chair et la fin de toute volupté; elle évoque aussi les images horribles de l'enfer, châtiment divin si souvent brandi par les prêtres.

 

Mais en même temps, la mort apporte une sorte de sentiment de revanche des petits sur les grands: la mort n'épargne personne. C'est l'époque des "danses macabres" qui sont l'illustration réaliste de cette idée égalitaire, puisqu'elles montrent la mort emportant pauvres et riches dans sa ronde sans fin.

C'est aussi l'époque des poésies avec en exemple Villon, poète du XVe siècle, qui dénonce la mort comme fin terrible et laide, implacable, qui flétrit le corps et met un terme à toutes voluptés. Il vaut donc mieux avoir une vie dure, incertaine, sans espoir d'amélioration mais avec ses instants de joie, de plaisir et de beauté que d'affronter la mort et son hideux cortège.

Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca devorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!
(...)
 

 

3. Les Temps Modernes ou l'espoir et le renouveau

Avec la Renaissance, le XVIe siècle est un triomphe momentané de la vie avec un essor démographique général , cela n'empêchant toutefois pas la mortalité toujours scandée par les agressions de la peste. Se formule alors un nouveau discours sur la mort (dû également à la Réforme protestante) où l'on a séparation de l'âme, libérée de sa prison mortelle et donc capable de s'intégrer durablement à la vision chrétienne de la mort et du salut.
Dans ces temps modernes, et en conséquence des tragédies du moment ou de l'époque précédente (épidémies, maladies, diminution des populations...), la mort va tenir une place importante. Que l'on soit grand ou petit, on pense la vie par la mort. Les discours sont de toutes sortes: littérature, art, testaments..; et un grand travail d'édification s'installe pour "qu'ils reposent en paix ". Jamais la christianisation de la mort n'aura été si totale ni si englobante.

La philosophie des Lumières conteste âprement un système de la mort qui lui semble relever de l' " imposture des prêtres " et de la mystification. Elle entreprend d'exorciser la mort et l'au-delà chrétiens.
Le reflux des pratiques de la dévotion baroque et le repli des clauses pieuses des testaments sont des indices d'une déchristianisation qui sort du cadre restreint des élites. Il faut exorciser la mort et l'au-delà des chrétiens. On place dès lors "les morts en exil", on les chasse des églises pour les ensevelir dans les cimetières. On remarque également que le rapport des hommes à la mort a changé. Dans une apparente contradiction qui ne se réduit pas à des explications simples, le crépuscule des Lumières voit resurgir sous d'autres formes les morts qu'on a voulu écarter : poésie crépusculaire ou des tombeaux, roman

4. L'époque contemporaine ou le retour aux défunts

Si la première moitié du XIXe siècle est synonyme de recul de la mortalité, elle est aussi l'époque d'une mort cruelle, celle issue du capitalisme. Les cités s'industrialisent, s'urbanisent et les discours sur la mort ne sont plus unanimes. L'Eglise est encore écoutée par quelques-uns (à la campagne surtout) mais les discours de la science et des philosophies positives contestent la révélation et proposent de nouvelles certitudes. On doit alors constater une crispation collective sur la mort et un nouveau "culte des morts" où la famille reprend en main la mort et ses défunts, avec une affectivité renforcée. Les cimetières sont désormais la ville des morts où "nous nous reverrons". Les monuments aux morts, les obsèques et les cultes s'exaltent. Les rites du deuil sont largement répandus. La perte d'un être cher est socialement très visible et la peine s'exprime dans des attitudes, des vêtements et le respect d'interdits particuliers.

5. Le XXe siècle: la mort en question

Triomphe de la vie selon les tests démographiques mais lieu des hécatombes périodiques des guerres mondiales, le XXe siècle est ambigu et fait réapparaître l'angoisse collective. Les nouveaux discours des philosophes sont remis en question et on se trouve alors devant une société escamotée qui refuse de voir la mort en face: des personnes sont chargées de parler de la mort et de la faire redécouvrir( psychologues, sociologues, médecins...).
Nous sommes donc dans une société qui refuse de parler de la mort, la mort est un tabou. Jusqu'au milieu du siècle, tous les enfants avaient vu de près un ou des morts, et cela à la ville comme à la campagne, dans les classes aisées comme dans les milieux populaires. Aujourd'hui, le mort est caché, la mort est aseptisée.
En même temps, on se passionne pour l'approche scientifique de l'au-delà : analyses des "vies après la mort", expériences de comas dépassés volontaires telles que nous le racontent "les Thanatonautes" de Bernard Weber. Percer le mystère de la mort est devenu un thème de recherches parapsychologiques.

Mais plus on cache la mort, plus on la nie, plus elle nous traumatise car nous ne sommes plus préparés à la mort. Voila pourquoi il est important d'en parler.
Une des façons de s'exprimer à son sujet est la religion: "nous apprenons à faire ce passage vers le Père tout au long de nos vies pour mieux vivre le passage quand l'heure sera venue". Pour d'autres, la mort n'est qu'un mauvais moment à passer dans un tunnel mais si la mort n'est rien, alors ni la Passion ni la Résurrection n'ont de sens. Que devient donc la Foi et la vie humaine serait-elle sans but? S'il n'y a rien après la mort, ni punition, ni récompense, il faut alors chercher à donner sens à sa vie autrement que sur le modèle d'un Dieu. Dans ce cas, il est plus important d'avoir un comportement humaniste, de vivre et de combattre pour des valeurs de solidarité, de vérité, de justice qui, déjà, donnent sens à la vie. Vivre le plus intensément possible parce que la vie aura une fin et que chacun est responsable de ce qu'il aura fait ou non de son existence, responsable non devant un justicier divin mais devant ses frères humains.

Conclusion

Comme vous aurez pu le constater, il y a bien diverses façons d'aborder la mort et il n'y en a pas une meilleure que l'autre. Mais à côté de la mort, il y a le deuil qui lui se fait également de différentes manières mais qui dans tout les cas est source d'une grande souffrance et d'une véritable douleur morale qui s'exprime selon des manifestations fonctionnelles variées: 5% d'entre eux provoquent des complications dues à la solitude (physiques, morales, psychologiques, sociales) et c'est pourquoi il est important de savoir qu'il y a toujours des portes ouvertes, les centres de planning en sont une parmi d'autres. Ceux-ci sont là pour offrir l'écoute et le soutien mais aussi et surtout ils sont un lieu de recherche et d'approfondissement du sens de la vie et de la mort, dans le respect des convictions de chacun car remettre sa vision de la mort en question peu bien souvent amener à mieux accepter celle-ci.

Bibliographie

Sites internet
- www.portstnicolas.org/ (recherche google: " la mort n'est-elle rien?")
- www.prevention.ch/ (recherche google: "l'épreuve du deuil")
- www.encarta.msn/
- www.encyclopedia.yahoo.com/
Articles
- "le deuil une affaire de famille", le ligueur, n°50 du 19 décembre 2001.
- "le grand passage", l'actualité religieuse, 15 novembre 1996.
Livres
- Anthropologie Historique - Histoire de la mort - Michel Vovelle.
- Nouvelle Encyclopédie Autodidactique Quillet - tome 2, Littératures - Editions Quillet S.A. 1988 n° 7811.

Illustration
le veuvage : l'école Maréchal, 1905, dans " La Belgique Rétro, 1890-1914"
éditions Reader's Digest, Bruxelles, 1988, p.199

 

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