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La délinquance des jeunes
Le rôle et la vie d'une bande, hier et aujourd'hui

Page Web réalisée à partir du travail de Frédéric Minet

Introduction

Le phénomène des bandes de jeunes est un sujet dont on parle beaucoup à l'heure actuelle car lié, à tort ou à raison, à l'insécurité et à la délinquance; mais toutes les bandes de jeunes sont-elles les mêmes? Ont-elles les mêmes objectifs et les mêmes pratiques aujourd'hui qu'hier?
En présentant deux époques, au XVIIes et maintenant, je vais tenter d'expliquer le rôle des bandes de jeunes ainsi que les percpetions que l'on avait de ceux-ci.

1. Les jeunes dans l'Ancien Régime

A l'aube du XVIIes, dans l'Ancien Régime, la cité attirait déjà nombre de jeunes issus de tout horizon social qui, à l'heure des loisirs, se regroupaient en bandes informelles ou en sociétés officieuses. Ces regroupements avaient lieu, en milieu rural surtout, lors des nombreux bals, fêtes et carnavals qui étaient intimement liés aux travaux des champs et aux récoltes et qui permettaient à chacun de parler, de danser et, pour les futurs couples, de se rencontrer et de connaître. En milieu urbain, les pratiques étaient un peu différentes. Les jeunes, adeptes aussi des bals et carnavals, se regroupaient plus en corporations, cercles de philosophie, confrèries avec leurs propres règles d'adhésion.

Ces agissements ne plaisaient guère à tout le monde. Dans les régions protestantes, les autorités religieuses de l'époque (le Consistoire) condamnaient, en effet, toutes manifestations non conformes aux dispositions de l'ouvrage de référence "discipline des églises réformées de France". Le Consistoire qui jouait un rôle très important et était très respecté, voulait "instaurer une société régie par la Loi divine, qui désapprouvait toutes manifestations, source de perte de temps et détournait l'homme de la prière". Dans ce contexte, la danse était un divertissement d'origine païenne, qui mettait le corps en valeur, excitait le désir et favorisait dangereusement le rapprochement des hommes et des femmes. Dès lors, le Consistoire réprimait sévèrement toute personne qui dansait ou assistait à de telles pratiques.

Si les autorités protestantes arrivèrent plus ou moins à réprimer les bals et de nombreux cercles, elles n'arrivèrent pas à interdire les carnavals, imprégnés de beaucoup de tradition, chers à la jeunesse tant rurale qu'urbaine (remarquons à ce propos que certains festivités symbolisant l'arrivée du printemps - comme le mardi gras - ou le solstice d'été - comme la Saint Jean- sont toujours d'actualité dans de nombreux villages).

En ville, dans les régions catholiques, les jeunes cherchèrent des manières détournées de faire la fête : ainsi en remettant à l'honneur la tradition religieuse, ils décidèrent de fêter le saint protecteur de leur corporation respective. Ils trouvèrent ainsi une raison légitime de se rassembler. Les premiers à occuper le devant de la scène furent les cardeurs (travailleurs de la laine), suivis peu après par les cordonniers.

Par l'ensemble des divertissements qu'ils tentaient d'organiser, les jeunes de l'époque étaient considérés comme des contestataires de l'ordre établi et un frein aux aspirations des anciens. Leur force physique et leur vitalité sexuelle inemployée étaient une menace pour la société mais aussi pour la vertu des jeunes filles.
D'autre part, dans un milieu rural majoritairement pauvre, ils se trouvaient sans ressources personnelles avant d'hériter de la terre et des biens de leur père. A ce propos, on peut rappeler que dans l'Ancien Régime, la majorité était fixée à 25, voire à 30 ans; jusque-là le jeune homme devait obéissance à son père et avait besoin de son accord pour le mariage. Celui-ci, qui nécessitait la capacité pour le jeune couple de subvenir à son entretien, était souvent tardif et la période de cohabitation entre les parents et leurs grands adolescents ou jeunes adultes pouvait être longue, difficile et marquée par des affrontements parfois violents.
La jeunesse de l'époque constituait déjà une classe incomprise, marginale, voire dangereuse qui aimait perturber l'ordre public et qui, lors de querelles, n'hésitait pas à s'affronter à l'aide de bâtons, d'armes blanches comme le couteau ou l'épée puis aussi des armes à feu comme l'arquebuse (voir aussi)

2. Les jeunes d'aujourd'hui

A l'heure actuelle, les bandes de jeunes se sont considérablementtransformées.
On trouve en fait plusieurs catégories:
-
les bandes occasionnelles, qui ne sont pas structurées et qui se forment de manière plutôt spontanée, opportuniste et de petite taille. C'est plus un groupe qui rassemble des personnes partageant des goûts communs et qui vivent des choses ensemble, lors des bals, fêtes, etc... On peut penser aux jeunes qui participent aux "grands messes" des concerts de Rock ou encore aux danseurs des "Rave-party". Les objectifs de ces bandes sont le divertissement et la réalisation d'actes illicites n'est pas un but en soi. Le nombre et l'anonymat qu'il procure, l'usage fréquent d'alcool et de drogues diverses peuvent toutefois les rendre dangereux ou perçus comme tels par leurs agissements "hors normes".

- A côté de ceux-là, on trouve une deuxième sorte de bande qui, elle, est structurée, parfois hiérarchisée et qui constitue "le gang". On en dénombre une petite dizaine en Belgique qui sont regroupées dans les grandes villes. Si celles-ci peuvent avoir des ramifications à l'étranger, leurs objectifs sont souvent illictes et peuvent répondre au terme juridique "d'associations de malfaiteurs".

Ces bandes sont constituées de "meneurs" et de "suiveurs" qui se rassemblent pour commettre des délits et des infractions diverses, pour leur survie ou leur plaisir.
Dans ce cas-ci, la bande est facteur d'insécurité et pose problème à la société.
Les membres de ces groupes ont très souvent le même parcours et les mêmes caractéristiques:
- ils manquent de formation (rejet du système scolaire), présentent un mal-être psychologique engendrant de l'hyperactivité, de la nervosité et parfois de la haine envers la société;
- les liens familiaux sont souvent faibles, voire inexistants (home, famille d'accueil, IPPJ, prison...);
- des discriminations raciales sont parfois observées entraînant peur, stigmatisation et exclusion;
- l'errance en rue provoque de mauvaises rencontres, la consommation d'alcool et de drogues ainsi que la pression morale des copains incitent à commettre des délits. D'une part, ceux-ci sont souvent une épreuve d'intégration, un rite d'initiation montrant que l'on est digne de faire partie de la bande; d'autre part, l'argent est très important car il permet la reconnaissance.
La bande agit comme une seconde famille, elle comble un manque affectif et sert de moteur à des jeunes en manque de repères, vivant une existence aux ryhtmes désordonnés (absence d'horaires, de cadres, de contraintes professionnelles ou scolaires), en quête de liberté, de sens et de respect.
Les bandes vivent souvent entre elles des rapports d'affrontement et certains actes de vandalisme sont le fait d'incursion d'une bande rivale sur le territoire ennemi, qui marque ainsi son passage.

 Dans la ville où j'habite, il y a quatre bandes de jeunes dans quatre quartiers, je les connais, je les fréquente toutes. Dans ces bandes, il y a surtout des garçons qui on entre 14 et 20 ans. Certains font des bêtises. Ces bandes, c'est comme une grande famille, c'est le jardin de ma maison qui s'étend à toute la ville. Chaque endroit est à nous. On a nos marques. On a nos souvenirs.
A la maison j'étouffe, c'est pour cela que j'ai besoin de sortir, de respirer dans la rue. Mais je ne veux pas que ma petite soeur traîne en ville. C'est trop dur mais en même temps, ça m'a appris beaucoup de choses. J'ai besoin de retrouver ces jeunes, même si je sais qu'ils ne sont pas très fréquentables. les autres m'ennuient. Mais tout n'est pas rose dans la bande. Il y a des bons et des mauvais, beaucoup ne sont pas sincères et ça c'est moche.

Le rôle d'une bande. Laura, 16 ans, citée dans "Le Ligueur", n° 34 du 11 septembre 2002, p. 16 , "Adolescence côté pile, côté face - un ami comme un phare"

Conclusion
D''une manière générale, on peut dire que les bandes de jeunes ont toujours existé. La bande constituant même, en dehors de celle qui commet des délits, une expérience, une culture naturelle propre à la période d'adolescence. La bande est valorisante, sécurisante pour beaucoup de jeunes en recherche d'identité et de sens à ce moment de leur vie.
On peut remarquer qu'à travers les âges, la jeunesse a toujours provoqué de la méfiance car perçue comme un facteur de changement et porteuse de conduites non conformes aux aspirations des adultes.
La bande, enfin, représente la force et ce, à n'importe quelle époque. Elle atteste d'un besoin de se rencontrer, de partager son vécu avec des pairs, de se rassurer, de se rassembler pour revendiquer sa place.

 

Bibliographie

Articles
Béatrice Urien-Causse, La violence des jeunes dans l'Ancien Régime, l'Histoire, n°20, février 1980
Les bandes de jeunes, enquête, dans "le Vif-l'Express", n° 47, du 23-29/11/01, pp.34 -41.

Emissions de TV
"Voyou génération 2000: enquête sur la nouvelle délinquance" dans "le droit de savoir", TF1 le 26-03-2002
"Graine de violence", hors série n° 10 de l'émission "des racines et des ailes", France 3 (2001)

Illustration
Pierre Breughel, Les jeux d'enfants, Kunsthistorische Museum, Vienne.
Affiche du film de Francis F. Coppola, Outsiders.
Affiche du film de Nicholas Ray , "la fureur de vivre"

 

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