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Les aveux et les renseignements obtenus par la torture

Page Web réalisée à partir du travail de Céline Collignon

Introduction

Pratiquer la torture pour obtenir des aveux ou des renseignements n'est pas spécifique à une époque; sous l'empire romain, ce procédé était déjà courant. La torture existe depuis la nuit des temps, elle a frappé à toutes les époques et dans tous les pays. Bien sûr certains facteurs comme le totalitarisme et le nationalisme renforcent la tentation de recourir à la torture.

1. L'aveu par la torture
Qualifié de " preuve entre les preuves ", de " reine des preuves ", l'aveu tient depuis toujours la première place dans la hiérarchie des preuves. Celle-ci lui a été attribuée par le droit romain. Et puisque le droit romain a influencé le droit à toutes les époques, l'aveu a toujours primé sur toutes autres formes de preuve. De ce fait pour obtenir cette confession tous les moyens sont mis en oeuvre.
Longtemps considérée comme une procédure d'enquête, la torture est passée sous silence. C'est au treizième siècle que l'emploi de celle-ci est définitivement admis. Il faut constater que son introduction est liée à l'instauration de l'Inquisition. On s'est alors chargé d'imaginer à l'infini des moyens d'extorquer l'aveu. Outre le feu, des instruments de plus en plus perfectionnés font leur apparition. Ce sont les beaux jours de la "
question".

Soyons précis, la torture dont nous parlons est utilisée dans l'obtention des aveux, donc avant le jugement. C'est, normalement, une étape réglementée dans la procédure judiciaire. Les bourreaux sont surveillés, le déroulement souvent codifié. Cela ne recouvre pas d'autres pratiques que nous jugerons tout aussi honteuses, et qui étaient les sanctions physiques, après le jugement, toute la gamme des supplices : fouet, roue, pilori, écartelement, etc..
Au fil du temps, l'idée que la torture pourrait fausser l'aveu est apparue. C'est pour cela qu'au quinzième et seizième siècles en France, la torture est réglementée, tentant ainsi de restreindre l'erreur judiciaire. Cette réglementation indiquait que la torture ne pouvait être renouvelée qu'à partir d'indices nouveaux, qu'un délai de réflexion de 24 heures devait être accordé à l'accusé et que la séance de torture ne pouvait être interrompue.
Mis à part quelques réflexions des philosophes de la Renaissance, peu de gens s'indignaient devant la torture employée pour obtenir la preuve suprême. Mais, dès la fin du dix-septième siècle, la torture est de plus en plus souvent dénoncée. Malgré certaines mesures qui sont prises, la torture est encore cependant infligée, de façon illégale cette fois, par les policiers. En ce qui concerne le dix-neuvième siècle, la torture est apparue comme un vague souvenir du passé.
Aujourd'hui, dans notre monde occidental, la torture - et de manière plus générale, les sévices corporels - sont interdits lors des interrogatoires même si nous avons chacun en tête des images de certains feuilletons, où il est fait allusion à des "bavures policières" .

Une exception à souligner, la torture ne fut jamais utilisée en Angleterre dans la procédure judiciaire ordinaire; certains pensent qu'il faut en trouver la raison dans le fait qu'il n'y a pas eu de tribunal d'Inquisition en Angleterre. Par contre, on sait que les militants de l'I.R.A. dans les années 80 ont été soumis à des traitements qu'Amnesty International a qualifié de "torture".

Pourquoi la pratique de la torture pour obtenir des aveux est-elle si fréquente à travers le temps ? Sans doute parce que, pendant longtemps, l'aveu représente la preuve complète et la solution la plus simple pour l'obtenir est de le provoquer par n'importe quel moyen. Il faudra attendre l'époque contemporaine pour que petit à petit se forge le concept de "l'intime conviction", qui prévaut aujourd'hui.

Quelques procédés mis en place pour provoquer l'aveu
Outre les multiples sévices corporels, le feu, les suspensions, les injections de penthotal, s'ajoutent, à la suite de nombreux progrès techniques, des injections de drogues visant à détruire la personnalité et la volonté de l'individu. Suite à ces injections, l'accusé reconnaît tout ce que ses bourreaux lui suggèrent.
Ci-contre, nous voyons une représentation de l'usage de l'élévation, employée au XVIes à Toulouse, Orléans et Besançon (gravure présentée dans "quand la torture osait dire son nom", Histoire, n° 67, p. 7)

2.Le renseignement par la torture
Se renseigner quoi de plus banal. On se renseigne sur son voisin, sur son futur employeur. On a recours aux renseignements pour se rassurer, pour éviter les surprises, pour se sentir en sécurité.
Dans l'ordre politique comme militaire, le renseignement est indispensable. Le plus ancien service de renseignement est le redoutable et célèbre Intelligence Service anglais.
Le renseignement a un caractère vital. Il permet d'anticiper l'action de l'adversaire ou d'agir en meilleure connaissance de cause. Ceci se confirme plus encore lorsqu' apparaît au vingtième siècle, l'Etat totalitaire. Le renseignement se fait inhumain et tous les moyens pour l'obtenir sont bons. Le recours à la torture était dès lors inscrit dans l'ordre des choses. Mais cette torture est tout à fait différente de celle destinée à extorquer l'aveu. Ici le torturé n'est plus un accusé mais un ennemi, sa vie n'a que très peu d'importance. Les individus les plus exposés à ce type de torture sont les espions et les prisonniers de guerre. Même si la convention de La Haye de 1907 les protégeaient, leurs droits ont été à plusieurs reprises bafoués, surtout lors des deux Grandes Guerres mondiales.

3.La torture sous le nazisme
Les deux services du parti nazi spécialisés dans le renseignement étaient la Geheime Staat Polizei et le Sicherheitdienst des Reichsfuhrer SS. Ces deux services ont torturé des milliers d'individus.
Himmler, le chef de la Gestapo, par un ordre du 12 juin 1942, autorise la torture. Celle-ci est désignée du terme de " 3° degré " et elle s'applique pour arracher des aveux ainsi que pour obtenir des renseignements importants, concernant surtout la résistance. Cette torture est employée contre les communistes, les marxistes, les témoins de Jéhovah, les terroristes, les résistants, les saboteurs et les éléments anti-sociaux. De plus le " 3° degré " peut comprendre les mesures suivantes : flagellation, alimentation réduite, obscurité, privation de sommeil et exercices épuisants. Il faut aussi savoir que dans tous les territoires occupés, les Allemands ont créé des centres de torture. Certains centres étaient spécialisés dans certains supplices comme la torture électrique ou le supplice de la baignoire poussant les torturés à la limite de la mort pour obtenir des renseignements et des aveux.
Enfin, il faut signaler la torture gratuite, celle qui fut infligée aux Juifs, par pur sadisme ou sous couvert de pseudo expériences scientifiques. Ce fut la première fois dans l'Histoire que, "légalement", la victime était abandonnée à ses bourreaux sans aucun objectif autre que de faire souffrir.

4.La torture en Algérie
Les tortures d'Algérie ont eu pour cause initiale le terrorisme, puis une cause immédiate : la démission des pouvoirs civils entre les mains de l'armée. Le général français Massu a eu la mission de pacifier ce pays. Pour cela ,il a utilisé la torture. Il a déclaré qu'il avait expérimenté sur lui la torture à l'électricité et c'est celle-ci qui fut la plus employée pendant cette guerre. Cependant pour faire parler les suspects, certains militaires n'hésitaient pas à emprunter des moyens de torture qui ressemblaient fortement à ceux utilisés par la Gestapo : mâchoires brisées, brûlures, supplice de la baignoire, flagellation, viols. Elle a aussi souvent représenté l'un des actes de la spirale de la violence et de la vengeance: attentat- répression, nouvel attentat, nouvelle répression .... Cette guerre a solidifié la pratique de la torture et y a habitué les esprits.

5.Un peu d'actualité
Selon le constat d'Amnesty, plus de 124 Etats tolèrent, encouragent ou pratiquent encore la torture. Pour bon nombre d'entre eux, elle fait partie intégrante de la stratégie du pouvoir en matière de sécurité. C'est devenu un système de gouvernement, on torture pour intimider. La torture mutile les hommes, les femmes et les enfants. Elle s'en prend à leur corps, à leur dignité, à leur esprit. Pour obtenir un renseignement, pour faire peur ou pour punir on utilise des moyens tels que le viol, le fouet, les drogues, les brûlures, l'écrasement des membres. La torture, puisqu'elle fait tant partie des murs de certains pays est difficile à endiguer.

Conclusion
Après avoir été une pratique judiciaire courante, la torture fut abandonnée chez nous sous les efforts conjugués de la montée des droits de l'homme et du simple bon sens, puisque sa fiabilité était très sujette à caution.
Toutefois, si elle a légalement disparu, on sait qu'il en persiste des îlots, même dans les Etats démocratiques, dans des cas-limites d'actes de torture morale, de brutalités policières, de sévices corporels : c'est le cas, par exemple, dans la répression du terrorisme ou dans l'expulsion des refusés du droit d'asile. Enfin, pour bon nombre d'entre nous, la peine de mort est assimilable à la torture, comme on le verra par ailleurs


BIBLIOGRAPHIE

Livres
Alec MELLOR, Je dénonce la torture, Maison Mame, Paris, 1972.
Michel TERNISIEN et Daniel BACRY, La torture, Fayard, Paris, 1980.

Articles
La torture, la plus horrible, la plus forte des faiblesses, dans Croissance, n°353, octobre 1992.
A.Levigne, Quand la torture osait dire son nom, dans l'Histoire, n°67, pp.5-12

Sites
http:/www.cndp.fr/actualites/question/question/accueil.htm
http:/www.amnesty.asso.fr/05_amnesty/53_gd_themes/torture/torture.htm

 

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