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L'évolution du métier de nourrice

Transposition pour le Web du travail de Julie Elaerts

1. PREMISSES : L'ALLAITEMENT

1.1. La préhistoire

Les mères humaines de la préhistoire ont toujours allaité leurs petits. De l'apparition d'homo sapiens sapiens vers 90 000 avant J.C. au début de l'ère de l'élevage, il y a 8 000 ans, le seul substitut au lait d'une mère était le lait d'une autre femme. Il est donc très vraisemblable que les bébés furent allaités par d'autres femmes lactantes que leur mère, reproduisant ainsi un comportement partagé par de nombreux mammifères. Des études effectuées sur des ossements humains ont permis d'évaluer une durée de l'allaitement maternel chez nos ancêtres comprise entre 2 et 3 ans.

1.2. De l'apparition de l'écriture jusqu'au moyen âge

L'étude de textes historiques anciens donne connaissance de recommandations comme l'observation de la durée d'un allaitement. Ainsi, de 3 000 à 1 000 avant J.C., dans le Proche-Orient, des durées d'allaitement de 3 ans sont mentionnées. Vers 1 500-800 avant J.C., un allaitement exclusif d'un an est recommandé en Inde, suivit d'un allaitement complété jusqu'à deux ans et enfin d'un sevrage progressif. Pour la civilisation grecque, les contrats pour nourrices recommandaient un allaitement de 6 mois. Le Talmud pour les juifs et le Coran pour les musulmans recommandaient d'allaiter deux ans.

1.3. Du Moyen-âge à l'industrialisation

Selon les pays, les durées d'allaitement varient. Ces variations sont sensibles à l'intérieur d'une même ville, d'un milieu social à l'autre et à l'intérieur d'une même famille, d'un enfant à l'autre.
De nombreux tableaux de la Renaissance représentent des mères allaitantes. L'allaitement est alors le symbole de la Charité. Les enfants représentés sont le plus souvent des bambins c'est-à-dire des bébés de plus de 6 mois, peut-être même âgés de plus d'un an. Certains tètent debout, d'autres caressent le mamelon. Il y a très peu de représentations de nouveaux-nés. Cela indique très clairement que l'allaitement des enfants de plus d'un an était chose commune.

2. MISE EN NOURRICE

Depuis fort longtemps, certaines femmes ont fait appel à des nourrices pour allaiter leurs enfants. Reines égyptiennes, romaines aisées, et plus proche de nous, dames de la noblesse française, ont parfois laissé leur bébé à des subalternes chargées de donner le sein. Que ce soit pour des raisons impérieuses, comme la chasse ou la cueillette chez les femmes préhistoriques, ou subvenir aux besoins d'enfants plus âgés dans un système économique donné ou pour des raisons plus subtiles, des bébés furent laissés au bon soin de femmes lactantes autres que leur propre mère.

Au moyen-âge et jusqu'au XVIe siècle, cette pratique reste confinée à une part restreinte de la population. Au XVIIe siècle, les bourgeois qui en ont les moyens font également appel à des nourrices mercenaires, jusqu'à une nette massification de ce comportement au XVIIIe.
Dès l'Antiquité, les critères de choix de la nourrice ont été fixés. Les qualités stéréotypées de celle-ci peuvent être classées sous trois rubriques : la première regroupe la provenance, l'état civil, l'âge et son expérience, la deuxième se base sur l'aspect extérieur, la beauté et les apparences de sa santé et enfin, la troisième sur son caractère.
A partir du XVIIe, les médecins exigent un examen médical complet et minutieux. L'examen du lait de la nourrice sous le rapport de la quantité et de la qualité fait naturellement partie du diagnostic médical. L'examen de l'enfant de la nourrice et un interrogatoire complémentaire sont également de mise. Mais beaucoup de nourrices restent réticentes face à ces nombreuses démarches même si celles-ci sont obligatoires pour obtenir du travail.

3. LA MISE EN NOURRICE DES BEBES PARISIENS DU XVIIIe SIECLE

Les populations prolétaires qui s'entassent dans les grandes villes, mais aussi les classes moyennes urbaines envoient massivement leurs enfants en nourrice à la campagne, où ils grandissent et, souvent, meurent. Sur les 2100 bébés nés en 1780, 90% sont envoyés deux ans ou plus en nourrice à la campagne, 5% restent avec leur mère et 5% sont allaités par une nourrice au domicile des parents.
Au début, l'administration s'efforce de contrôler, de réglementer, de moraliser ces échanges. Mais de plus en plus, elle se résigne et admet que la loi de l'offre et de la demande et le principe du profit maximum règlent un trafic qui lui échappe dès qu'il devient rentable.
Les enfants séparés de leurs parents étaient envoyés au domicile des nourrices, de plus en plus loin dans la campagne. Les trajets sont dangereux, les bébés sont entassés dans des charrettes ou voyagent à dos d'âne, dans des conditions très difficiles. Les nourrices donnaient souvent autre chose que leur propre lait aux enfants dont elles avaient la garde : du lait animal, de la farine diluée dans de l'eau, mais aussi de l'alcool dans les bouillies ou de l'opium étalé sur les seins pour endormir les bébés.
Alertées par leur médecin, les familles de la bourgeoisie demandent de plus en plus le service d'une nourrice à domicile. Des bureaux de nourrices (voir ci-contre) sont organisés où l'on peut en engager une, après qu'elle ait subi les examens qui garantissent qualité du lait et santé de la mère.
Comme l'ascenseur et la lumière électrique, les services d'une nourrice sur lieu deviennent un élément décisif du confort bourgeois et un signe extérieur de richesse. Ce commerce va alors atteindre son apogée.

Dans les familles bourgeoises où les soins maternels ne sont ni habituels, ni recommandés, l'affection est souvent donnée par la nourrice sur lieu, encore plus fréquemment s'il s'agit d'une servante vivant d'ordinaire à la maison et avec qui les liens perdureront au-delà de l'allaitement.


Durant le XIXes, le biberon entraînera la réduction progressive de l'industrie nourricière. Si l'usage du biberon se propage alors officiellement et si les distributions gratuites de lait stérilisé se multiplient, les pratiques nourricières traditionnelles ne sont pas, pour autant, brutalement abandonnées. Le marché des nourrices, tout en déclinant régulièrement, persiste jusqu'à la première guerre mondiale. Les bonnes d'enfants vont alors faire leur apparition.

4. LES NOURRICES A L'HEURE ACTUELLE

Au début du XXe siècle, il existe toutefois encore des femmes nourricières, parfois des parentes ou amies dont la maternité a coïncidé avec celle de la maman demandeuse, Il s'agit plutôt de venir en aide à un bébé "qui se fait mal", de santé fragile, prématuré, chétif. On parlera alors de "frères ou soeurs de lait".
Actuellement, l'image de la nourrice en tant que femme lactante est plus ou moins mal perçue. En effet, la société contemporaine préconise un allaitement maternel ou au biberon.
Cette évolution de la pensée est certainement due aux progrès techniques, par exemple l'élaboration du lait en poudre, mais aussi à l'évolution de la psychologie enfantine.
D'un point de vue biologique, l'allaitement au sein s'avère essentiel pour l'immunité du bébé ; le lait maternel a le bénéfice d'être digeste, équilibré, adapté aux besoins de l'enfant. Sur le plan psychologique, cet acte privilégie le contact de la mère avec l'enfant, bien qu'il présente l'impossibilité au père de participer.
Il arrive que, pour une raison ou l'autre, une mère ne puisse allaiter au sein. Dans ce cas, on nourrit l'enfant au biberon avec du lait en poudre. Le lait en poudre est du lait de vache qui a été enrichi pour mieux répondre aux besoins du nourrisson.
Si l'enfant est allergique à tous types de lait, les parents peuvent toujours se rendre dans des organisations spécialisées telles le "Lactarium ". Celui-ci est un centre collecteur et distributeur de lait maternel situé à Liège. Le lait est recueilli auprès de mères donneuses soit dans les hôpitaux, soit aux domiciles des intéressées. Il subit une série de contrôle puis est stérilisé et entreposé. Il sera délivré moyennant un certificat médical. L'assurance maladie invalidité intervient dans le prix du lait et non dans les frais d'expédition.

5. BIBLIOGRAPHIE

Livre
Faÿ-Sallois, F., Les nourrices à Paris au XIXe siècle, éditions Payot & Rivages, 1997
Article
Thonus, C., Vingolato, S., 2002, L'allaitement maternel, artificiel et l'alimentation du nourrisson,
Travail de Médecine Sociale, E.S.A.S. Liège
Sites
- http:://www.monallaitement.com
- http://assoc.wanadoo.fr/ipa/histoire/confhistoire.html

Illustrations
"Le silence" ou "ne l'éveillez-pas" , gravure de Laurent Cars d'après Greuze, détail, paru dans "cent mille ans de vie quotidienne", - collection panorama d'histoire, édition du Pont Royal, Paris, 1960, gravure n° 537.
" Le bureau des nourrices" par Joseph Frappa (Paris, Musée de l'Assistance Publique), parue dans les grands évènements de l'histoire des femmes, collection Mémoires de l'Humanité , Larousse, Paris, 1993, p. 252.

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